Rubans & galons

Rubans anciens : les reconnaître, les nettoyer et les conserver

Rubans & galons · · Publié le 2026-11-05

Page d'un carnet d'échantillons ancien où sont collés des morceaux de rubans rayés multicolores, avec des taches de colle brunies aux coins
Page d'un carnet d'échantillons de rubans tissés, Appel Brothers Manufacturing Company, États-Unis, 1893-1898 (Cooper Hewitt). Domaine public, via Wikimedia Commons.

Une boîte de mercerie héritée, un carton chiné en brocante, un carnet d'échantillons de fabricant : les rubans anciens arrivent souvent en vrac, froissés, parfois tachés. Avant de les laver, de les repasser ou de les coudre sur un ouvrage neuf, il vaut la peine de les regarder de près. Certains supportent très bien une seconde vie ; d'autres se déchireraient au premier bain. Voici comment faire la différence, puis comment les nettoyer et les conserver sans les abîmer.

Regarder avant de toucher

Un ruban ancien s'examine à plat, sur une table propre, à la lumière du jour mais hors du soleil direct. On se lave les mains, on retire bagues et bracelets qui accrochent, et on manipule le ruban en le soutenant sur toute sa longueur plutôt qu'en le tenant par un bout. On note d'abord ce que l'on voit : largeur, décor, lisières, taches, plis marqués, traces de colle ou d'épingles.

Trois questions guident la suite. De quelle matière est-il fait ? Est-il solide ou fragile ? Et que veut-on en faire : le garder comme témoin, le montrer, ou l'utiliser dans un ouvrage ? Un ruban banal en bon état peut finir sur un chapeau ; un ruban façonné rare, ou un carnet d'échantillons complet, mérite d'être conservé tel quel, et parfois montré à un musée.

Reconnaître la matière

Jusqu'au début du XXe siècle, la plupart des rubans fins étaient en soie, parfois mêlée de coton ou de fils métalliques. La rayonne (viscose), puis les fibres synthétiques, se sont imposées ensuite. Quelques indices aident à s'y retrouver :

Soie
Toucher frais et sec, souplesse, brillant profond plutôt que miroitant. Elle se froisse peu et reprend sa forme.
Rayonne
Brillant plus vif, main plus molle et plus lourde, plis qui marquent facilement. Elle perd beaucoup de sa résistance une fois mouillée.
Coton
Mat, souvent en sergé ou en gros-grain de coton ; utilisé pour les rubans utilitaires, les galons et les bolducs.
Fils métalliques
Lames de métal ou fils d'âme textile entourés de métal, souvent ternis, noircis ou verdis. On ne les polit jamais.

Le test de combustion, que l'on trouve dans beaucoup de manuels, consiste à brûler un fil : la soie se consume lentement en sentant la corne brûlée et laisse une perle noire friable, les synthétiques fondent en une perle dure. Sur un ruban ancien, on ne le pratique que sur un fil déjà détaché d'une extrémité effilochée, jamais en coupant dans le ruban, et à l'écart de tout ce qui peut prendre feu.

Le décor renseigne aussi sur l'époque et la technique. Un motif aux contours flous, comme brouillé, signale souvent un ruban chiné : les fils de chaîne ont été imprimés avant le tissage, une spécialité de la rubanerie de Saint-Étienne. Les rubans façonnés à motifs tissés témoignent des métiers Jacquard. Pour les familles de rubans et leurs armures, voyez notre guide Satin, gros-grain, organza, velours ; pour l'histoire de leur fabrication, notre article sur la rubanerie stéphanoise.

Repérer les rubans fragiles

Le cas le plus traître est celui de la soie chargée. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, beaucoup de soies ont été alourdies avec des sels métalliques, pour leur rendre le poids perdu lors du décreusage et leur donner du « tombé ». Avec le temps, ces soies deviennent cassantes : elles se fendent le long des plis, se déchirent en lanières parallèles à la trame ou tombent en poussière. Un ruban qui présente des fentes fines et régulières, ou qui craque légèrement quand on le plie, ne doit être ni lavé, ni repassé, ni cousu. On le conserve à plat, et c'est tout.

D'autres rubans demandent la même prudence :

Dépoussiérer, et souvent s'arrêter là

Pour la plupart des rubans anciens, un dépoussiérage suffit. On pose le ruban à plat, on le recouvre d'un morceau de tulle ou de moustiquaire en nylon aux bords gansés, et l'on passe dessus l'embout brosse d'un aspirateur réglé au plus faible, sans frotter. Le tulle retient les fils qui se détacheraient. Un pinceau doux et sec convient pour les petits morceaux et les reliefs d'un ruban façonné.

Les vieilles traces de colle, les auréoles brunes et les taches de rouille laissées par les épingles, comme sur les échantillons de la photo, sont généralement définitives. Les produits détachants, l'eau oxygénée ou la javel, qui les feraient pâlir, attaquent bien plus sûrement la fibre. Sur un objet ancien, une tache stable vaut mieux qu'un trou.

Laver, seulement si le ruban le supporte

Un ruban de coton ou de soie solide, sans charge, sans moiré ni métal, peut être lavé s'il est vraiment sale ou s'il doit servir. On commence toujours par un essai de couleur : on appuie un coton-tige blanc humide sur un coin discret, puis on vérifie qu'il ne s'est pas teinté. Si la couleur part, on ne lave pas.

  1. Remplir une bassine d'eau tiède, de préférence déminéralisée, et y ajouter très peu de lessive neutre pour textiles délicats, sans enzymes ni azurant.
  2. Poser le ruban à plat sur un support (une grille ou un morceau de tulle) pour pouvoir le sortir sans le tirer quand il est lourd d'eau.
  3. Le laisser tremper quelques minutes, en appuyant doucement avec une éponge, sans frotter ni tordre.
  4. Rincer à plusieurs eaux claires, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de mousse.
  5. Éponger entre deux serviettes blanches, puis faire sécher à plat, à l'ombre, en lissant le ruban de la main pour qu'il sèche droit.

S'il faut repasser, on règle le fer doux, sans vapeur, et on passe sur l'envers à travers une pattemouille sèche. Le velours ne se repasse pas : on le défroisse à distance au-dessus d'une vapeur légère, poil vers le haut, sans jamais poser le fer. Les rubans chargés, moirés, métalliques ou ornés, et toute pièce de valeur, relèvent d'un restaurateur de textiles plutôt que de la bassine.

Conserver : à plat ou roulé, à l'ombre

Le pli est l'ennemi principal : chaque pliure répétée finit par casser les fibres. Les rubans courts se rangent à plat dans une boîte en carton de qualité conservation, séparés par du papier de soie non acide. Les longs rubans s'enroulent sans serrer autour d'un tube en carton recouvert de papier non acide ou d'un coton lavé, l'endroit vers l'extérieur, puis se glissent dans une housse en coton. Pour la soie et la laine, les spécialistes recommandent un papier non acide non tamponné, la réserve alcaline des papiers tamponnés convenant mal aux fibres protéiques.

On évite les sacs en PVC, les boîtes en bois brut, les épingles et les élastiques qui rouillent ou marquent, ainsi que les greniers et les caves, trop chauds, trop humides ou trop variables. Un placard d'une pièce habitée, à l'abri de la lumière, fait l'affaire. Les mites s'attaquent à la soie comme à la laine : un contrôle régulier et les précautions décrites dans notre article Ranger rubans, fils et mercerie s'appliquent aussi aux pièces anciennes.

Montrer sans abîmer

Encadrer un beau ruban ou une page d'échantillons est tentant. La lumière, cependant, abîme les textiles de façon cumulative et irréversible : la Bibliothèque du Congrès rappelle qu'une faible lumière longtemps fait autant de dégâts qu'une forte lumière brièvement, et qu'un traitement de restauration ne peut pas rendre une couleur passée. On expose donc loin des fenêtres, derrière un verre filtrant les ultraviolets, en fixant le ruban par quelques points de couture sur un fond de tissu tendu plutôt qu'avec de la colle ou du ruban adhésif, et l'on alterne les pièces exposées et celles qui restent dans leur boîte.

Réutiliser, ou transmettre

Un ruban ancien solide et sans valeur particulière peut parfaitement retrouver un usage : nouer un paquet, border un coussin, orner un chapeau. On le choisit alors pour des ouvrages peu lavés et peu sollicités, et on évite de le couper si une longueur entière peut servir. À l'inverse, un carnet d'échantillons complet, un ruban portant une marque de fabricant ou un lot documenté (provenance, étiquettes, factures) a souvent plus de valeur entier que découpé. Avant de le disperser, on le photographie et on peut le signaler à un musée spécialisé : le musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne conserve une importante collection de rubans et saura dire si la pièce intéresse ses fonds.

Sources