Rubans & galons

Satin, gros-grain, organza, velours : reconnaître les rubans et leurs usages

Rubans & galons · Publié le 2026-10-27

Rouleaux de rubans satinés de différentes couleurs alignés côte à côte
Rouleaux de rubans satinés. Photo Jblayson, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Dans une mercerie, les rubans se ressemblent tous de loin : des bobines alignées, des couleurs à l'infini. De près, ils sont pourtant très différents. Un satin glisse et brille, un gros-grain se tient et marque ses côtes, un organza laisse passer la lumière, un velours absorbe la couleur. Savoir les reconnaître, c'est choisir le ruban qui tiendra un nœud, résistera au lavage ou soulignera une couture sans la déformer.

Un ruban est un tissu étroit, tissé avec ses propres lisières de chaque côté. C'est ce qui le distingue d'une bande de tissu coupée dans un métrage : il ne s'effiloche pas sur les bords, seulement aux extrémités. Ce qui fait la personnalité d'un ruban, c'est d'abord son armure, c'est-à-dire la façon dont les fils de chaîne (dans la longueur) et les fils de trame (dans la largeur) s'entrecroisent, puis sa matière et sa largeur. Voici les grandes familles que l'on rencontre le plus souvent.

Le satin : brillant, souple et glissant

Le ruban satin doit son éclat à son armure : les fils de chaîne flottent au-dessus de plusieurs fils de trame avant de s'entrecroiser, ce qui forme une surface lisse qui réfléchit la lumière. On en trouve deux versions.

Le satin se froisse facilement et ses extrémités s'effilochent vite. On les coupe en biais ou en queue d'aronde, et l'on peut passer une flamme très brève sur un satin synthétique pour sceller les fils, à condition de faire un essai sur une chute : une flamme trop proche fait fondre et noircir le bord.

Le gros-grain : la tenue avant tout

Le gros-grain se reconnaît à ses fines côtes transversales, bien visibles et sensibles au toucher. Elles viennent de fils de trame plus épais que les fils de chaîne. Résultat : un ruban mat, dense, qui se tient, ne glisse pas et prend bien les plis. C'est le ruban des chapeaux (on en fait les bandeaux intérieurs et extérieurs), des ceintures, des anses de sacs, des parementures de vestes et des boutonnières renforcées.

Son autre qualité, c'est de bien se mettre en forme au fer : un gros-grain humidifié peut être légèrement arrondi pour suivre une courbe, ce que les modistes savent faire depuis longtemps. En revanche, il est moins souple qu'un satin pour les nœuds bouffants.

Quatre rubans gros-grain de couleurs différentes posés côte à côte, avec leurs fines côtes transversales
Rubans gros-grain : on voit nettement les côtes formées par la trame. Photo Loggie-log, domaine public, via Wikimedia Commons.

L'organza et la mousseline : la transparence

L'organza est un ruban léger et transparent, au tissage lâche et raide. Il donne du volume sans peser : c'est le ruban des sachets de lavande, des contenants de dragées et des décorations de table. Il existe avec une lisière satinée, plus nette, ou avec un fil métallique dans la lisière qui permet de le modeler. La mousseline, plus souple et plus fluide, tombe davantage et se prête mieux aux nœuds qui retombent.

Ces rubans transparents sont fragiles : ils s'accrochent aux bagues et aux ongles, et supportent mal le repassage à chaud. Un fer réglé au plus bas, avec une pattemouille, suffit à les défroisser.

Le velours : profondeur et douceur

Le ruban de velours présente un côté couvert de poils courts et serrés, qui absorbent la lumière et donnent une couleur profonde. Il habille les tenues d'hiver, les chapeaux, les bijoux de cou et les décorations de fête. Le velours a un sens : selon que l'on caresse les poils dans un sens ou dans l'autre, la couleur paraît plus claire ou plus sombre. Quand on en coud plusieurs morceaux sur un même ouvrage, il faut les orienter tous dans le même sens.

Le velours ne se repasse jamais à plat sur l'endroit, au risque d'écraser définitivement les poils. On le vaporise à distance, ou on le pose endroit contre une serviette épaisse avant de repasser sur l'envers.

Le taffetas, le jacquard et les rubans façonnés

Le taffetas est tissé en armure toile, la plus simple : un fil dessus, un fil dessous. Il est fin, un peu raide, et produit un léger bruissement. Les rubans écossais et les rubans changeants (dont la couleur varie selon l'angle) sont souvent des taffetas.

Le jacquard désigne un ruban dont le motif est tissé, et non imprimé : fleurs, frises, motifs géométriques apparaissent grâce au jeu des fils, et se voient en négatif sur l'envers. Le nom vient du mécanisme de commande des fils imaginé par le Lyonnais Joseph-Marie Jacquard, qui a transformé la fabrication des étoffes et des rubans façonnés ; on peut en voir des exemples sur les métiers anciens conservés dans les musées du textile. Ces rubans servent de galon décoratif sur un sac, un coussin, un bas de jupe ou une sangle de guitare.

Les rubans imprimés, eux, portent un motif appliqué en surface, sur un côté seulement. Plus économiques, ils perdent parfois de leur netteté au lavage.

Les rubans en fibres naturelles

Le lin et le coton donnent des rubans mats, au toucher rustique, qui se plient et se nouent facilement. Ils sont très utilisés pour l'emballage, les étiquettes, la décoration campagnarde et les ouvrages brodés. Le ruban de coton sergé, appelé aussi ganse plate ou sergé, sert à renforcer les coutures, à faire des liens de tablier ou de housse. La soie, plus rare, reste la matière de choix pour la broderie au ruban, car elle se laisse plisser et tordre sans marquer.

Lire la largeur et la composition

Les rubans se vendent au mètre ou en bobine, et leur largeur s'exprime en millimètres. Les largeurs varient de quelques millimètres pour les rubans de broderie à plusieurs centimètres pour les rubans de décoration. Un conseil simple : pour un nœud de cadeau, plus la boîte est grande, plus le ruban doit être large pour rester en proportion ; pour une couture, on choisit la largeur en fonction du rentré ou de la bordure à couvrir.

Quant à la composition, les règles européennes imposent qu'un produit textile vendu au consommateur porte sa composition en fibres. Selon la page « Étiquetage des produits textiles » du portail L'Europe est à vous, l'étiquette doit indiquer la composition en pourcentage, par ordre décroissant, avec uniquement les dénominations de fibres prévues par le règlement européen ; les mentions « 100 % », « pur » ou « tout » sont réservées aux produits composés d'une seule fibre. Pour un ruban vendu au mètre, l'information figure en général sur la bobine : il vaut la peine de la noter avant de jeter l'étiquette, car elle guide le lavage et le repassage.

Quel ruban pour quel usage ?

UsageRuban conseilléPourquoi
Nœud de cadeauSatin double face, organza à lisière arméeBeau des deux côtés, garde sa forme
Bandeau de chapeauGros-grainSe met en forme au fer, ne glisse pas
Anse, ceinture, sangleGros-grain, sergé de coton, jacquard épaisRésistant à la traction
Bordure de linge de maisonSatin simple face, coton, linSupporte le lavage, se coud à plat
Broderie au rubanSoie ou satin très finSe plisse et se tord sans marquer
Décoration de fêteVelours, organza, ruban à fil arméVolume, éclat, tenue

Pour les bordures et les finitions de couture, les rubans ont des cousins plus techniques : biais, galons, passepoils et ganses, que nous présentons dans notre guide des biais et galons. Et pour savoir d'où viennent ces rubans façonnés, lisez l'histoire de la rubanerie stéphanoise.

Entretenir et conserver ses rubans

Sources